TÉLÉCHARGER LE ROCHER DE TANIOS PDF GRATUIT

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Vous êtes sur la page 1sur 2 Rechercher à l'intérieur du document seize ans. Si je le nomme, ce n'est pas seulement parce qu'il a eu le privilège de survivre, c'est surtout parce que le témoignage de cet ancien instituteur passionné d'histoire locale aura été le plus précieux de tous ; irremplaçable, en vérité. Je restais des heures à le fixer, il avait de vastes narines et de larges lèvres sous un petit crâne chauve et ridé — des traits que l'âge a très certainement appuyés. Je ne l'ai pas revu dernièrement, mais on m'assure qu'il a toujours ce ton de confidence, ce même débit ardent, et une mémoire intacte. A travers les mots que je m'apprête à écrire, c'est souvent sa voix qu'il faudra écouter.

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Mon voyage pouvait commencer. I En ce temps-là, le ciel était si bas qu'aucun homme n'osait se dresser de toute sa taille.

Bien plus que des documents.

Cependant, il y avait la vie, il y avait des désirs et des fêtes. Et si l'on n'attendait jamais le meilleur en ce monde, on espérait chaque jour échapper au pire.

Le village entier appartenait alors à un même seigneur féodal. Ce n'était pas, loin s'en faut, l'un des personnages les plus puissants du pays. Entre la plaine orientale et la mer, il y avait des dizaines de domaines plus étendus que le sien.

Il possédait seulement Kfaryabda et quelques fermes autour, il devait avoir sous son autorité trois cents foyers, guère plus. Au-dessus de lui et de ses pairs, il y avait l'émir de la Montagne, et au-dessus de l'émir les pachas de province, ceux de Tripoli, de Damas, de Saïda ou d'Acre. Et plus haut encore, beaucoup plus haut, au voisinage du Ciel, il y avait le sultan d'Istanbul.

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Mais les gens de mon village ne regardaient pas si haut. Ils étaient nombreux, chaque matin, à prendre le chemin du château pour attendre son réveil, se pressant dans le couloir qui mène à sa chambre.

La plupart d'entre eux étaient habillés comme lui, séroual noir bouffant, chemise blanche à rayures, bonnet couleur de terre, et tout le monde ou presque arborait les mêmes moustaches épaisses et bouclées fièrement vers le haut dans un visage glabre.

Ce qui distinguait le cheikh? Seulement ce gilet vert pomme, agrémenté de fils d'or, qu'il portait en toute saison comme d'autres portent une zibeline ou un sceptre.

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Cela dit, même sans cet ornement, aucun visiteur n'aurait eu de peine à distinguer le maître au milieu de sa foule, à cause de ces plongées que toutes les têtes effectuaient les unes après les autres pour lui baiser la main, cérémonial qui se poursuivait jusqu'à la salle aux Piliers, jusqu'à ce qu'il eût pris sur le sofa sa place habituelle et porté à ses lèvres le bout doré du tuyau de sa pipe d'eau.

Aucune autre main n'avait autant d'importance. La main de Dieu et celle du sultan ne prodiguaient que les calamités globales ; c'est la main du cheikh qui répandait les malheurs quotidiens.

Et aussi, parfois, des miettes de bonheur. Dans le parler des gens du pays, le même mot, kaff, désignait parfois la main et la gifle.

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Que de seigneurs en avaient fait un symbole de puissance et un instrument de gouvernement. On était depuis des siècles sous le règne de l'arbitraire, et si jamais il y avait eu jadis un âge d'équité, plus personne n'en avait gardé le souvenir. Lorsqu'on avait la chance d'avoir un maître moins avide, moins cruel que les autres, on s'estimait privilégié, et on remerciait Dieu d'avoir montré tant de sollicitude, comme si on Le jugeait incapable de faire mieux.

C'était le cas à Kfaryabda ; je me souviens d'avoir été surpris, et plus d'une fois indigné, par la manière affectueuse dont certains villageois évoquaient ce cheikh et son règne. Il est vrai, disaient-ils, qu'il donnait volontiers sa main à baiser et que, de temps à autre, il assenait à l'un de ses sujets une gifle sonore, mais ce n'était jamais une vexation gratuite ; comme c'était lui qui rendait justice en son domaine, et que tous les différends — entre frères, entre voisins, entre mari et femme — se réglaient devant lui, le cheikh avait l'habitude d'écouter les plaignants, ensuite quelques témoins, avant de proposer un arrangement ; les parties étaient sommées de s'y conformer, et de se réconcilier séance tenante par les embrassades coutumières ; si quelqu'un s'entêtait, la gifle du maître intervenait en argument ultime.

Une telle sanction était suffisamment rare pour que les villageois ne pussent plus parler d'autre chose pendant des semaines, s'évertuant à décrire le sifflement de la gifle, fabulant sur les marques des doigts qui seraient restées visibles pendant trois jours, et sur les paupières du malheureux qui plus jamais ne cesseraient de cligner.

Les proches de l'homme giflé venaient lui rendre visite.

Ils s'asseyaient en cercle autour de la pièce, silencieux comme à un deuil. Et justement, celle de son intendant, nommée Lamia, resplendit d'une beauté sans égal.

Un jour, elle donne naissance à un fils, Tanios.

Très vite, les rumeurs se répandent sur l'identité de son père. Des rumeurs qui poursuivront Tanios tout au long de sa vie, d'abord à son insu.

Il grandit, entre à l'école d'un pasteur anglais, peu à peu s'éloigne de ses proches, se réfugiant dans l'étude. Il rencontre Asma, jeune fille pétillante. Puis tout bascule.

Le rocher de Tanios

Une détresse, un geste de son père pour protéger son fils — un geste qui fait couler du sang sur le sentier des montagnes. Tanios et son père courent pour s'échapper jusqu'à Chypre , où ils reprennent haleine.

Sur les marches de l'hôtel, une jeune dame laisse tomber des oranges d'un panier. Tanios les ramasse et les lui ramène.